La place des chrétientés orientales en… Orient

Par Elisa Bureau
01-03-2018

« Il faut absolument que l’Église reste pour témoigner, nous sommes sur la terre des premiers chrétiens, celle des apôtres », Son Excellence Jean-Clément Jeanbart, archevêque grec-melkite catholique d’Alep. Les Orientaux chrétiens ont une place stratégique et très importante en Orient. L’Orient, berceau du christianisme est encore imprégné des premiers temps du Christ et sans eux, l’Orient ne peut tenir.

C’est en Orient que le christianisme naquit, c’est ici qu’on y trouve ses racines bibliques et culturelles. Même si le christianisme ne s’est pas seulement enraciné en Orient, sa culture, sa civilisation et ses Terres sont déclarées « saintes ». Dieu a envoyé son fils dans cette région pour qu’il puisse «habiter parmi nous (Jn, 1, 14) ». Jésus, le Fils de Dieu naît à Bethléem en Judée, il grandit et vit sous la responsabilité de sa mère Marie et de son père adoptif Joseph, deux orientaux. Jésus prêche en Galilée, puis se rend à Jérusalem pour y accomplir sa Pâque c’est-à-dire notre Salut. L’Orient et les Orientaux chrétiens nous rappellent encore aujourd’hui la Bonne Nouvelle.

Les premiers temps de notre ère connurent une évangélisation rapide et puissante. Les communautés chrétiennes vécurent sereinement et pratiquèrent leur culte sans contrainte. Cependant, des tensions et des divisions se créèrent rapidement entre les différentes communautés chrétiennes. Les traductions, les langues allèrent être de multiples barrières et provoquèrent des tensions. Les deux écoles, l’une d’Antioche et l’autre d’Alexandrie formèrent deux élites. La première réunissait une population plus araméenne, plus rurale. Quant à la seconde, elle était davantage grecque et plus citadine. Ces deux mentalités se confrontèrent.

C’est pour cette raison qu’il est difficile de parler des chrétiens d’Orient. La réalité est plus complexe. Aussi, il est préférable de parler des « chrétiens en Orient » ou des « Orientaux chrétiens ». Contrairement à l’Occident où l’on parle d’une seule Église de rite et liturgie latine, en Orient on parle des Églises syriaque, melkite, assyrienne, chaldéenne, copte, arménienne, maronite, grecques… Les communautés orientales chrétiennes sont diverses et variées de par leurs rites – copte, grec, chaldéen, syriaque, arménien, byzantin ou encore ge’ez-, leur liturgie – antiochienne, byzantine ou encore alexandrine-, leur culture, leur langue, leur tradition, etc. Dans chacun de ces rites, on retrouve des Églises catholiques et orthodoxes. Pour les plus courageux, regardez l’encadré ci-contre.

La place des chrétiens dans cette région est depuis longtemps menacée : arabisation, lourd impôt al djizya, conversion à l’islam. Au cours du XIe siècle, les Églises se referment sur elles-mêmes. Au siècle suivant avec les croisades, les chrétiens arrivent peu à peu à imposer leurs compétences auprès du pouvoir en place et accèdent au niveau élevé de la société. Mais l’âge d’or ne dure pas et ils recouvrent de nouveau le statut de dhimmi. Certains sont tués au nom de leur foi, d’autres exilés, d’autres encore se cachent dans les montagnes. Les communautés disparaissaient et les églises se transformaient en mosquées. Sous l’Empire

ottoman, du XVIe au début du XXe siècle, les chrétiens retrouvent une existence légale, des prérogatives temporelles. Les Églises orientales se regroupent autour de patriarches et sont reconnues par le pouvoir ottoman. Des fidèles de ces Églises se rattachent à Rome et forment les Églises chaldéenne, syriaque, melkite catholique, copte, arménienne.

Lors de la désintégration de l’Empire ottoman, les chrétiens connaissent de nouveau les violences et la marginalisation. Constantinople, l’Anatolie et d’autres villes encore sont vidées de leurs communautés chrétiennes, essentiellement grecques et arméniennes. La déchristianisation atteint beaucoup de villes notamment la première ville des chrétiens, Antioche. C’est à cette même période – 1915 – que débute le génocide des Arméniens, des Syriaques, des Chaldéens, des Assyro-chaldéens. Ce processus d’élimination continue avec la guerre civile libanaise (1975-1989) et aujourd’hui avec les exactions de l’État islamique en Irak et en Syrie tout particulièrement.

Leur volonté de se battre et de garder leur terre se transmet de génération en génération. «Je ne veux pas partir de Syrie, même si j’ai de la famille à l’étranger. Je suis propriétaire d’une terre. Je ne veux pas quitter mon pays, mes terres, ma maison et partir. Bien sûr, nous sommes dans une situation difficile, mais cela va se terminer. Je préfère mourir ici dans mon pays, en tant que martyr. Je suis né ici, je mourrai ici. C’est mon opinion, mais beaucoup pensent comme moi. Avant que l’État Islamique entre dans le village, nous étions à l’école en train d’assurer la sécurité. Nous nous sommes battus, mais lorsque je n’ai plus eu de munitions, je suis parti. Trois mois après, quand ils ont quitté le village, nous sommes revenus. Nous avons pris nos armes. Nous étions déjà prêts. Si les rebelles reviennent, je resterais, ici, jusqu’à la mort», un soldat chrétien assyrien de la région de Hassakeh, au Nord-Est de la Syrie.

Le courage et la volonté des communautés chrétiennes orientales de résister tout en continuant d’affirmer leur foi sont un témoignage puissant et encourageant pour les Occidentaux. L’Église, comme le dit très justement saint Jean Paul II est formé de deux poumons : le poumon oriental et le poumon occidental. Pour qu’un chrétien vive et respire, il a besoin de ces deux poumons. L’Orient chrétien a besoin de l’Occident chrétien et vice-versa. Si le berceau du christianisme se meurt alors l’Occident chrétien disparaît avec lui.

 

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