Les rencontres PhilOrient au Liban : Une première édition pleine de promesses !

Il y a six mois naissait PhilOrient avec pour ambition de tisser des liens (spirituels, intellectuels et fraternels) entre les jeunesses chrétiennes orientales et occidentales, autour d’une réflexion commune sur la culture, la foi, l’identité, et l’enracinement : « la culture comme antidote », selon les mots de Monseigneur Yousif Thomas Mirkis, archevêque chaldéen de Kirkouk.

Six mois, quelques sueurs froides et une foule de rencontres plus tard, nous pouvons dire « on l’a fait ! » : la première université d’été PhilOrient a eu lieu au Liban, au couvent Saint Sauveur de Joun, du 31 juillet au 5 août, sur le thème « Enracinement et christianisme, tisser des liens entre la jeunesse d’Orient et d’Occident »

Cette université d’été, comme tout le projet PhilOrient, est basée sur trois piliers hérités de l’institut Philanthropos :

Le pilier culturel : les matins ont été consacrés à des cours magistraux sur des sujets aussi variés que la géopolitique, la philosophie, l’art, ou encore le leadership chrétien. De grands témoins du Liban – et acteurs de la guerre civile qui ont vu les chrétiens s’entretuer – nous ont partagés leurs parcours, du combat armé à la reconstruction pacifique : Jocelyne Khoueiry, Fouad Abou Nader, ou encore le général Khalil Helou. Les interventions de Dima de Clerk et Nassib Khoury sur l’histoire du Liban de la période ottomane à la récente guerre du Liban ont permis aux participants de mieux appréhender la richesse culturelle du Liban.

Notre grande joie, et disons-le, notre fierté, est d’avoir su réunir des sensibilités et des modes d’actions aussi divers que la chrétienté libanaise. Il nous est apparu capital de nourrir notre réflexion et celle des participants de toute la complexité de ce pays unique, et c’est en cela un pari réussi.

Le pilier fraternel, a été vécu à travers des moments consacrés à la rencontre d’associations locales, comme Fair Trade Lebanon, des temps d’échanges avec les habitants de la région ou les moines du couvent Saint-Sauveur. Mais aussi des temps de détente et de service pour une semaine placée sous le signe de l’amitié.

Le pilier spirituel dans lequel toute action et réflexion doit s’enraciner. La messe a été proposée quotidiennement selon différents rites de l’Eglise catholique : le rite melkite avec la communauté des moinesBasiliens Salvatoriens qui nous a accueillis. Le rite syriaque avec la venue du père Youssef Dergham, responsable des archives syriaques catholiques, le rite maronite a été célébré dans la paroisse d’un village voisin, et aussi le rite romain avec une messe au lever du jour dans les montagnes du Chouf. Des temps de silence et de pèlerinage ainsi qu’un atelier d’écriture d’icônes, véritable chemin de prière, ont rythmé cette semaine.

Lors d’un tel projet la réalité se charge bien souvent de rattraper nos conceptions parfois naïves. PhilOrient n’a pas fait exception, mais la providence nous a toujours précédés, aplanissant notre chemin et nous montrant la voie à suivre.

Notre plus beau cadeau ? Le retour des participants, majoritairement français pour cette première édition, et des intervenants, libanais.

La forte identité chrétienne qui se retrouve chez l’ensemble des chrétiens, libres et fiers, a particulièrement impressionné Marie : « Les Libanais rencontrés m’ont vraiment édifiée par leur conviction et leur dévouement à leurs tâches variées mais toujours soucieuses du bien commun. J’ai également été frappée par la qualité et la chaleur de leur accueil et plus largement de leur relation et leur présence aux autres, quels qu’ils soient. Je rentre en France plus consciente des faiblesses de notre civilisation occidentale et notamment de cet individualisme insidieux dont nous devenons bien souvent complices malgré nous, et qui me conduit trop souvent à la peur d’être dérangée de mon petit confort et de m’affirmer en tant que chrétienne. »

Un témoignage de foi que nous transmet également Georges, participant libanais :

 « En tant que chrétien oriental, l’université d’été m’a aidé à mieux comprendre l’aspect culturel, historique et philosophique de ma foi. En approfondissant mon histoire et en découvrant que je suis la descendance des premiers chrétiens du monde, je me trouve fier mais aussi responsable. Une responsabilité qui me motive à m’attacher à ma patrie, à ma foi et à mon peuple. Une responsabilité devant servir à témoigner de l’amour du Christ envers nos frères musulmans et à être un artisan de paix dans une région qui ne connaît pas la paix. »

Paul, qui a suivi les ateliers de réflexion et de débats, rentre en France avec dans ses valises trois leçons du Liban, comme un écho aux trois piliers qui ont soutenu cette semaine et toute la suite de ce projet. Il nous livre un témoignage poétique qui prend la forme du cèdre libanais :

« Pour naître et pousser, le cèdre doit trouver ses sources, installer ses racines. La première leçon du Liban est celle-ci : connais-toi toi-même. Le tronc du cèdre symbolise l’identité : Droit, épais, solide, il résiste aux vents contraires, se balance, se courbe, mais ne rompt pas. La seconde leçon du Liban est cet amour chéri, tendre, partagé, de son histoire, et de ses traditions, et l’ardeur sans pareille de ses habitants à toujours maintenir ce tronc debout, dressé et fier. Le cèdre a plusieurs branches comme le Liban plusieurs cultures. Aucune branche n’est semblable et pourtant, toutes sont rattachées au même tronc. Plus important, toutes les branches tendent vers le ciel. C’est la troisième leçon du Liban : ce génie d’une recherche permanente, collective, du soleil divin pour croître en harmonie. Oui, plus qu’une leçon, le Liban est un message, pour la France, et pour le monde. »

Nous nous quittons avec le témoignage de Priscille qui a particulièrement été touchée par l’atelier d’écriture d’icône auquel elle a pris part toute la semaine avec Rayda Khayat.

« Bien plus qu’un travail manuel ou l’apprentissage d’une technique, écrire une icône, c’est un climat, une atmosphère, par lesquels tous nos sens sont nourris, éveillés, et intégrés dans ce qui va se révéler être une prière continue. Ecrire une icône de Marie, c’est oser l’émerveillement qui simplifie et libère, c’est aussi reconnaître la place bien trop importante du regard sur soi qui enferme et paralyse, lâcher ce fichu regard, oser accueillir Celle qui se fait proche. »

La promotion PhilOrient 2017 s’est choisie pour nom « Promotion Notre Dame de l’Annonciation ». Les grâces reçues durant cet atelier semblent avoir dépassé les quelques apprentis iconographes pour imprégner tous les participants. Que ce « Oui » de Marie les accompagnent et accompagne PhilOrient dont l’aventure ne fait que commencer. Nous ne savons pas encore très bien où ce « Oui » va nous conduire, mais en marchant dans les pas de Marie, main dans la main avec nos frères orientaux, nous savons que l’aventure sera belle et fructueuse !

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