Rencontre avec MESOPOTAMIA HERITAGE

Marie-Ange, vous êtes responsable de l’association MESOPOTAMIA, créée tout récemment, en mai 2017. Pouvez-vous nous dire en quoi consiste ce projet ?

L’intuition de Mesopotamia vient de Pascal Maguesyan, ancien journaliste chez RCF qui avait réalisé un inventaire patrimoniale en Arménie pour un site internet. Il est venu rencontrer la Fondation Saint-Irénée (à Lyon, présidée par le Cardinal Barbarin, qui traite des sujets culturels, ou solidarité, éducation, communication) pour proposer de faire le même type de travail pour l’Irak.

En effet, le contexte géopolitique, la poursuite de la guerre en Irak et l’invasion de Daesh, rend plus que jamais indispensable cet effort d’inventaire. C’est un dispositif essentiel pour soutenir la revitalisation de ces communautés persécutées et des civilisations qu’elles incarnent, malgré l’ampleur des destructions de ces dernières années.

La Fondation Saint Irénée a trouvé ce projet très intéressant et proposé son soutien. Pour Pascal, il fallait donc monter une association, afin de bénéficier de ce soutien. Etant pour ma part investie dans le jumelage Lyon-Mossoul, pour les Irakiens donc, on m’a proposé de monter cette association, de lancer le projet et les demandes de financements.

L’association aura certainement d’autres projets à proposer, mais son premier objectif est la création du site internet : www.mesopotamiaheritage.org (projet d’inventaire).

Qu’y aura-t-il sur ce site ?

Ce site internet multilingue (arabe, français, anglais) présentera un très large panorama du patrimoine religieux assyro-chaldéen et yézidi en Irak et de leurs communautés respectives. Au service premier des populations concernées, en Irak comme en diaspora, mais aussi de la recherche scientifique, ces éléments patrimoniaux et testimoniaux seront proposés sous forme de fiches documentées, selon un protocole de présentation prédéfini.

Chaque fiche pourra contenir un lot de photographies anciennes et récentes du site religieux exploré ; un texte sur son origine, son histoire et son actualité ; son architecture ; un plan de situation géographique et sa localisation GPS. D’autre part, chaque site exploré pourra être enrichi de récits de vie (textes, photos, vidéos) par les membres de ces communautés, afin d’en restituer la vitalité d’hier et d’aujourd’hui.

En montrant de véritables lieux de vie, avec leurs principales caractéristiques, leur situation économique et sociale, les jours de fêtes comme les moments douloureux, les outrages récents et leurs aspirations, les fiches présentées site par site seront un moyen pour révéler l’’empreinte humaine de ces communautés en péril.

Les éléments patrimoniaux et testimoniaux sont complémentaires car ils relient les hommes à leur patrimoine.

MESOPOTAMIA vise-t-elle à créer du lien entre les Irakiens et les Français ?

L’objectif est d’abord de créer du lien entre les Irakiens eux même. La plupart des Irakiens sont partis de leur pays (en Amérique, au Canada, en Europe ou ailleurs), et malgré la distance qui les sépare c’est important qu’ils puissent se retrouver à travers des lieux communs. Le site internet veut être un de ces lieux communs, où ils puissent poster des photos de leur fête familiale dans tel ou tel lieu, etc.

Et bien sûr ce site veut aussi permettre aux Français et aux autres pays accueillants de découvrir la beauté et la richesse de ce patrimoine, leur permettre de prendre conscience que c’est le berceau de l’humanité qui est en péril à travers son patrimoine.

Pour PhilOrient, la dimension culturelle est essentielle pour restaurer nos pays respectifs dans leur identité propre et – donc – leur capacité à s’ouvrir. MESOPOTAMIA semble aussi très axé sur la culture et le patrimoine, de l’Irak en l’occurrence. Qu’en diriez-vous ?

Ancien ou moderne, le patrimoine assyro-chaldéen et yézidi est en péril. Abandonné, endommagé, pillé et partiellement détruit, ce patrimoine inaliénable de l’humanité est quasiment sorti des écrans-radar de l’histoire humaine. Les tragédies successives qui affligent ces communautés ne leur offrent ni le temps, ni le loisir de veiller sur leur propre patrimoine, au risque de l’oubli, du vol et finalement de la disparition.

Tout travail d’inventaire est un outil indispensable de réappropriation patrimoniale, au bénéfice des communautés elles-mêmes, et de l’humanité. C’est ainsi que veut agir Mesopotamia.

L’association a t-elle une dimension spirituelle ?

Défendre le patrimoine, c’est défendre les communautés associées, et donc leur religion, chrétienne, orthodoxe, juive, yezidi. Ainsi, Mesopotamia n’a pas de vocation spirituelle en soi, mais souhaite respecter les religions et les communautés à travers leur patrimoine.

Comment pouvons-nous suivre le projet ?

  • Plusieurs options pour nous suivre : · Le site internet www.mesopotamiaheritage.org sera ouvert le 4 avril prochain. Vous y trouverez une trentaine de fiches, les 100 n’étant pas mises en ligne toutes en même temps. La page facebook sera ensuite plus active qu’elle ne l’est aujourd’hui !

A l’occasion du lancement du site, vous êtes cordialement invités à participer à la soirée de lancement, mercredi 4 avril 2018 à 19h00 à l’Université Catholique de Lyon, Amphithéâtre Alain Mérieux, Campus Saint-Paul – 10 place des archives Lyon 2ème.

La soirée aura lieu sous le haut-patronage de Sa Béatitude Louis Raphaël 1er Sako, patriarche de Babylone des Chaldéens, et en présence de Monsieur Erik Orsenna, de l’Académie française. La table ronde sera sur le thème LE PATRIMOINE CHRETIEN EN IRAK, MEMOIRE DES PEUPLES Le nombre de places est limité – Réponse souhaitée avant le 31 mars auprès de mesopotamialyon@gmail.com

· Vous pouvez aussi participer financièrement aux travaux d’inventaire par un don ouvrant droit à déduction fiscale à la Fondation Saint-Irénée / Mesopotamia par Internet en sur http://fondationsaintirenee.org/faireundon/mondon

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