Soirée de lancement du portail Mesopotamia Heritage

Ce mercredi 4 avril dernier a été célébré à Lyon l’ouverture du site internet Mesopotamia Heritage. Mésopotamia, qu’est-ce-que c’est ? C’est un portail développé par l’association du même nom pour recenser, inventorier et faire connaître le patrimoine des églises chrétiennes d’Irak ainsi que des communautés yézidies dans ce pays. Il a pour vocation de présenter de manière complète 100 sites majeurs (dont 15 yézidies) à travers des fiches très complètes, présentant des photographies, l’architecture, l’histoire, sa localisation, des récits de vie qui y sont liés. Pour l’instant, 27 notices sont mises en lignes, le reste arrivera au fil du travail de longue haleine effectué par le comité scientifique et les chargés de mission ! Les notices seront accessibles en français, arabe et anglais. Tous ceux qui le peuvent sont invités à y contribuer : par un soutien financier, mais aussi en donnant toutes les informations que vous auriez sur tel site sélectionné, ou en proposant une autre aide (notamment pour les traductions). 

La soirée de lancement devait se faire en présence d’Érik Orsenna, de l’Académie française, malheureusement retenu à Paris à cause des grèves. Une table ronde a quand même pu avoir lieu sur le thème « Patrimoine chrétien en Irak, mémoire des peuples », avec le père Muhannad Al Tawil (curé de la paroisse Saint-Éphrem de Vaux-en-Velin), Pascal Maguesyan (chargé de mission), Christian Candelier (membre du conseil scientifique de Mesopotamia Heritage, professeur à l’Université catholique de Lille). 

Qu’en retenir ? Que le portail Mesopotamia répond à un besoin urgent : celui de faire connaître ce riche patrimoine alors qu’il est plus que jamais menacé : par les destructions, à cause des guerres, de l’exil des chrétiens, de l’abandon, et surtout par l’oubli, faute d’être inventorié. Dans Bagdad ou dans la plaine de Ninive, de nombreuses églises sont désormais vides et ne sont plus entretenues, leur espace est convoité par les commerçants, mettant en péril cette présence chrétienne. Il faut donc recenser ces églises avec tous leurs aspects. Le travail d’inventaire sur le terrain, accompagné d’un travail de numérisation, permet de garder les traces de ces trésors. Recueillir tous ces témoignages est une manière de témoigner du soin que l’on porte aux communautés chrétiennes ; c’est lutter contre l’éradication de la présence physique du christianisme, qui serait une victoire pour Daesh ; c’est faire comprendre aux populations locales la richesse de leur patrimoine dont elles n’ont pas (encore) conscience. C’est donc important pour les habitants qui restent en Irak, mais aussi pour ceux qui émigrent en Europe : il est nécessaire de préparer leur mémoire en leur rappelant leur histoire pour qu’ils ne traversent pas une crise d’identité plus tard. Cela est d’autant plus important pour un pays où l’enseignement de l’histoire n’a servi qu’à légitimer les régimes successifs : les Irakiens sont nombreux à ignorer l’histoire ancienne de leur pays, y compris l’art babylonien ! 

Une partie de la table ronde est orientée par l’intervention d’un spectateur, lui-même réfugié de Qaraqosh, qui y occupait un métier universitaire et a tout perdu du jour au lendemain « sauf la Foi ». C’est l’occasion de se demander de quelle manière on envisage l’avenir des chrétiens en Orient : peut-on parler de la  « mort des chrétiens d’Orient » pour reprendre la formule de Jean-Pierre Valognes ? Non, et d’ailleurs en chiffre absolu, les chrétiens sont plus nombreux en Irak qu’il y a 100 ans ; les chrétiens en Orient ont traversé d’autres crises très graves, comme les Mongols, et n’ont pas disparu. Il y a la tentation de croire qu’il n’y a plus d’avenir, alors que les chrétiens sont persécutés, ont été trahis par leurs voisins musulmans, par les Kurdes ; nous sommes nombreux à penser qu’il n’y pas plus d’avenir dans la plaine de Ninive pour les Chrétiens. Mais l’Irak est le pays des chrétiens. Si on peut être très pessimiste à court terme, nous sommes invités, dans le Christ, à espérer en un avenir plus optimiste à long terme. 

 

En clair, manifestons notre tendresse pour l’Orient ! 

Et n’hésitez plus. Rendez-vous sur www.mesopotamiaheritage.org et faites-le connaître !